Tu sais Marie, je rêvais d’avoir une petite soeur. J’en avais eu une grande qui m’avait quitté à 8 ans pour un mec mou, catholique, intégriste et vieux garçon. Je me sentais dépouillé et j’entrais de plain pied dans la solitude des enfants uniques.
Je me suis rendu compte que ma mère était trop vieille pour en avoir encore, ma mère, un bourreau d’enfants, et mon père un imbécile heureux.
Après je me suis dit que je rencontrerai la femme idéale, et que je lui ferais une fille. C’était une ambition réelle et réalisable.
Et j’ai rencontré ta mère. On a tout de suite eu des enfants. Deux beaux garçons, sensibles et intelligents. Et puis ta mère a été enceinte une troisième fois. Elle voulait avorter, ce qui était légitime puisque j’étais de moins en moins là. Politique, bistrots anars,…Et
puis je l’ai convaincu de le garder. Je lui ai dit que c’était certainement une fille. Elle t'a gardé.
Un peu avant la fin de sa grossesse, j’ai fait une fugue avec la sœur de ta mère jusqu’à ce que je me rappelle qu'elle allait accoucher de toi. Je suis
revenu. Et j'ai passé encore 12 ans avec elle. Jusqu’à ce que tu sois grande. Je me suis dit que j’avais réalisé l’essentiel. Une fille à moi. Et je
suis parti.
Du coup, toi aussi t’es partie.
-Je ne comprends pas comment tu as pu laisser une femme enceinte jusqu’au cou, seule, une semaine avant qu’elle accouche, d’une petite fille que tu attends soi-disant avec bonheur. En plus tu te casses avec sa sœur. Non, je suis désolée, mais y a un truc qui ne fonctionne pas dans ton histoire. Tu peux me traiter de moraliste petite-bourgeoise, je m’en fous ! J’ai toujours trouvé maman naïve d’être sorti avec toi après que tu aies dragué sa sœur. Je l’ai toujours regardé avec pitié de s’être amouraché d’un tordu de la séduction comme toi.
Aujourd’hui, c’est moi que je regarde avec pitié.
-Mais toi aussi tu es partie...tu peux comprendre.
-Je me voyais assez mal courir derrière toi, je ne mange pas de ce pain là en général. J’ai plutôt voulu me rapprocher de toi en t’imitant, en me sentant toi. Et puis j’ai eu l’impression que le fait que je devienne une femme te dérange. Et j’ai cru que tu ne m’aimais plus. Je ne connaissais pas la peur de l’inceste.

